Statistiques sur la fréquentation scolaire

Quelle hausse de la fréquentation scolaire au collégial?

La hausse de la fréquentation scolaire au collégial??? Peut-être êtes-vous incapables de trouver un emploi comme enseignant(e) au collégial. Peut-être êtes-vous plutôt un de ces trop nombreux enseignant(e)s précaires qui doivent naviguer d’un cégep à l’autre depuis des années, parce qu’on ne vous offre que trop irrégulièrement une tâche d’enseignement, même partielle. Si vous êtes dans l’une des situations précédentes, on vous a déjà peut-être expliqué que cette morosité du milieu était attribuable à une baisse de la fréquentation scolaire, depuis quelques années, mais qu’il ne fallait pas s’en faire puisqu’une forte hausse était à prévoir d’ici quelques années. Qu’en est-il vraiment?

Les prévisions de l’effectif étudiant et la hausse de la fréquentation scolaire

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur fait depuis une quarantaine d’années des prévisions de l’effectif étudiant au collégial, au secondaire, au primaire, au préscolaire et même à l’université. L’objectif est à la base budgétaire: c’est en connaissant d’avance le nombre d’inscriptions que le ministère peut mieux prévoir le budget qu’il devra accorder à chaque région et chaque institution d’enseignement public.

Ce sont aussi ces données qui permettent d’établir, avec plus ou moins de précision, l’état du marché de la profession enseignante. Plus il y a d’inscriptions dans les cégeps, plus ceux-ci peuvent offrir des tâches pleines à leurs enseignantes et enseignants à temps partiel et, éventuellement, embaucher de nouvelles personnes. On parle d’une précision plus ou moins grande, parce qu’il est toujours difficile d’évaluer les départs à la retraite (ou leur absence) et la variation de l’absentéisme. Les prévisions du ministère permettent toutefois un intéressant coup d’œil des perspectives futures.

À l’aube de 2016, en préparation des prévisions des effectifs étudiants pour 2017-2016 (ceux-ci sur sont établis sur dix ans), le ministère a revu sa méthode de calcul, qui n’était pas parfaite. Avec l’aide de l’Institut de la Statistique du Québec et des démographes embauchés par le ministère, on nous promet une plus grande précision des prévisions fournies. N’étant pas statisticien, j’invite les personnes intéressées par ces changements ou par le calcul utilisé à consulter la méthodologie fournie par la Direction des indicateurs et des statistiques.

Notons simplement que ces prévisions visent à établir le nombre de personnes inscrites à la session d’Automne, à l’enseignement régulier à plein temps, inscrites dans un programme d’études collégiales préuniversitaires, techniques ou en cheminement Tremplin DEC. Sont donc exclues du calcul les personnes suivant un programme menant à une attestation d’études collégiales (AEC), les étudiantes et étudiants à temps partiel et les personnes inscrites à un programme ne menant pas à un diplôme. Si on peut comprendre l’intérêt de les exclure du calcul, il me semble important de souligner que cette clientèle fréquente aussi les bancs d’école et peut aider à la création d’emploi.

Les personnes s’inscrivant à la session d’Automne, mais qui abandonnent les études ou ne se réinscrivent pas à la session d’Hiver peuvent venir fausser les prévisions sur une année. On sait que plusieurs enseignantes et enseignants à temps partiel peuvent se retrouver sans tâche à la session d’Hiver. C’est sans parler de l’intérêt et de l’offre toujours plus grande de formations professionnelles, de l’intérêt pour les écoles ou les collèges privés non subventionnés et de pénuries de main-d’oeuvre dans certaines régions qui pourraient pousser les gens à délaisser les études collégiales.

Ceci étant dit, voyons voir ce que le ministère projette pour les prochaines années.

Évolution de l'effectif collégial par réseau

Réseaux20112016202120262011-2016 (%)2016-2021 (%)2021-2026 (%)2016-2026 (%)
Total178 582177 825177 440202 694-0,4-0,214,214,0
Réseau public164 101163 610162 614185 739-0,3-0,614,213,5
Réseau privé subventionné12 92912 64913 18815 128-2,24,314,719,6
Écoles gouvernementales1 5521 5661 6381 8270,9 4,6 11,516,7

La première mesure qui nous intéresse est l’évolution de l’effectif par réseau. Avec des jalons sur cinq ans, on peut voir que si la fréquentation scolaire est stable à court terme autant dans le réseau public, privé subventionné que dans les écoles gouvernementales, une hausse importante commence en 2021 pour atteindre un sommet impressionnant en 2026. On parle d’une hausse sur 10 ans de 14%, parmi l’ensemble du réseau étudié par le ministère, ce qui est un nouveau sommet.

Cela s’explique principalement par une hausse de la natalité au Québec, dans les dernières années, qui suivait une période assez stable. On parle parfois d’un mini-baby-boom, mais notons que pour que ce dernier se reflète dans les inscriptions au collégial, il faut que le taux de passage du secondaire au cégep demeure le même. Or, comme nous le mentionnons, rien n’est garanti. Il s’agit pourtant d’une hausse si forte de la natalité que même si le taux de passage du secondaire au collégial devait légèrement baisser, on noterait tout de même une hausse des inscriptions au collégial.

Il s’agit donc d’une bonne nouvelle pour les personnes qui voudraient intégrer le milieu de l’enseignement collégial à moyen terme. Dans l’ensemble du réseau étudié, jusqu’à 24 112 étudiantes et étudiants de plus pourraient s’inscrire dans les cégeps de la province (en comparant 2011 avec 2026): de nombreux enseignantes et enseignants supplémentaires risquent donc d’être nécessaires pour subvenir aux besoins du réseau.

Il faut toutefois comprendre que cette hausse spectaculaire reste une moyenne pour le Québec. Si certaines régions pourraient connaître des hausses encore plus vertigineuses, certaines régions si dirigent vers une poursuite de la baisse de la fréquentation scolaire qui, généralement, les touche déjà.

Évolution de la fréquentation par régions

Prévision de l'augmentation par région

L’Outaouais, la Capitale-Nationale et Lanaudière mènent le bal, avec des hausses de la fréquentation qui pourraient atteindre 20% sur dix ans. C’est énorme. Plusieurs enseignantes et enseignants précaires de ces régions ont de quoi se réjouir en prévision d’une certaine sécurité d’emploi qui ne se fait pas du tout sentir en ce moment (à l’exception peut-être de certaines disciplines-clés).

D’autres régions, plus éloignées des grands centres, et qui dépendent peut-être plutôt de certaines industries reliées à l’économie mondiale, n’ont pas autant de chance. Les régions de la Côte-Nord et de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine pourraient observer des baisses de près de 5% et 8%, respectivement, de la fréquentation scolaire au collégial. On sait que ces régions misent déjà beaucoup sur l’attraction d’étudiantes et d’étudiants étrangers pour survivre. Tout indique qu’ils devront probablement redoubler leurs efforts.

La mise sur pied de programmes d’attraction des travailleurs et des étudiants et la diminution des prix des billets d’avion pour les vols à l’intérieur du Québec ne seront probablement pas suffisantes, à mon avis. L’aide du ministère, pour étendre les programmes d’études offerts, augmenter l’expertise régionale et rendre encore plus accessibles les études, sera primordiale. C’est sans compter l’aide d’autres ministères provinciaux ou fédéraux pour permettre aux industries présentent dans ces régions de continuer à attirer des travailleurs qui, éventuellement, décideront de s’établir.

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Les tableaux et graphiques présentés sont tirés des faits saillants du document Prévisions de l’effectif étudiant au collégial, 2017-2016, publié par le ministère. Un dossier complet est aussi disponible.

Milieu collégial

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